Florian
Florian Cyclo-voyageur. Auteur du livre 'une famille un monde'

Hawaii

Hawaii

Événements notables du voyage en aéronef à Hawaii du 31 octobre au 10 novembre 2018

Halloween au soleil

Parfois les événements que l’on a vaguement tenté de planifier prennent une tournure étrange qui peut devenir réjouissante à condition d’accepter l’imprévu avec humour. On peut par exemple hésiter entre louer sa voiture à Luke Skywalker ou à Dracula. Nous serons finalement reçus par Shrek. Halloween oblige, les employés de l’agence de location sont grimés pour assurer le divertissement de cette fête 100% US. Mais le plus amusant reste qu’ici on choisit sa voiture soi-même. « Tu peux prendre une décapotable » me dit l’employé sur le parking qui voit mon embarras face à cette décision difficile à prendre. Et puis d’un air entendu « prends une Mustang, c’est fun ! » . Nous voilà 5 minutes après au volant de la mythique voiture américaine, les yeux rivés au capot démesurément long cherchant comment ouvrir cette p… de capote.

Vert

Malgré tous mes efforts je n’arrive pas à apercevoir le rayon vert que produit le soleil au moment où il se couche. Pourtant, j’y vais presque tous les soirs depuis plus d’un an. Persuadé que ma chance va tourner dans ce pays de tous les possibles, je m’y attelle encore ce soir. Mais rien à faire, l’astre passe du jaune à l’orange puis au rouge sans passer par le vert.

On se rattrape comme on peut question couleurs en partant dans une benne de 4x4 fatiguée vers une des 4 plages de sable vert du monde (qu’ils disent dans le dépliant touristique). Après les plages de sable jaune, blanc, noir et rose que le hasard (un peu forcé) nous a fait découvrir, celle-ci fait dans un genre chromatique original. Encore plus beau est le retour à pied dans cette lande désolée qu’on ne s’attendait pas à trouver sur une île tropicale.

Tropique-s

Les jours s’écoulant, Hawaii révèle d’ailleurs une diversité de paysage inattendue. Des plages enserrées entre des falaises, des terres brûlées où subsistent quelques forêts d’arbres pétrifiés. Des rivages minéraux en noir et blanc. Des baies qui se transforment en aquarium sous le niveau de l’eau. Des villages aux anciens bâtiments en bois transformés en ateliers d’artistes. Dans ce petit monde s’empilent les paysages américains du continent sous un ciel aux quatre saisons par jour. On y roule d’ailleurs plus que prévu et toujours dans la tranquillité et la lenteur propres aux routes américaines. Même la cuisine hérite de ce patchwork : les tacos se remplissent de crevettes et le poisson cru rejoint l’avocat dans une assiette colorée et appétissante. Mac Donald se fait discret. Les fruits tropicaux envahissent (un peu) les étals.

L’insularité arrive à bout de tout. Elle peut même mettre un frein à la frénésie américaine. La vie s’écoule plus lentement dans ce 50ème état des USA. La chaleur, le bruit des vagues, le vert des frondaisons ont sur l’homme le même effet partout dans le monde. La contemplation reprend ses droits.

Volcano

La déesse qui a créé l’île de Hawaii (et tout l’archipel) a bien travaillé. Le sommet de l’île fait de cette montagne volcanique la plus haute du monde devant l’Himalaya (si l’on compte à partir de la base de l’océan). Il faut alors imaginer la puissance des éruptions volcaniques qui ont permis à ce cône de dépasser les 8000 m de hauteur. Il faut tenter de quantifier la masse de lave qui est sortie des entrailles de la terre pour composer ce monument minéral. Et ce n’est pas fini. Les éruptions s’enchaînent depuis que l’homme peut en être témoin. La dernière n’a pas plus de 6 mois et a modifié profondément la géographie du volcan. Les coulées de lave ont continué à agrandir cette île dont les cartes imprimées sont rapidement périmées.

Approcher le centre du cratère, c’est se confronter à cette puissance tellurique qui a façonné l’île et détruit les très éphémères constructions des hommes : cet été, des routes ont été fissurées et un parking est descendu de 100 mètres…

La lave a disparu mais les fumeroles de sulfure continuent d’envahir le parc national qui voit une partie de ses installations fermées aux visiteurs. Alors que l’on parcourt les champs de lave à pied, il est tentant d’en prendre un morceau et de le ramener à la maison. C’est évidemment interdit par la loi et apparemment puni par la déesse. Ceux qui ont arraché un morceau de cette précieuse lave se sont vus poursuivis par une malédiction féroce qui a poussé certains à revenir à Hawaii pour y re-déposer leur précieux magot et tenter de mettre fin à leur malheur. Nous qui ne faisons que passer sommes également touchés par cette malédiction. Nous laisserons une partie de nous-mêmes dans ces cratères.

des îles

Les îles s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Hawaii n’est pas Tahiti et O’ahu n’est pas Big Island. Et même si seulement 45 minutes d’avion les séparent, elles affichent des contours bien différents. Big Island c’est l’île minérale tourmentée par un volcan qui refuse de s’éteindre. Ce sont des plages minuscules mais secrètes et une montagne pelée mais immense. Ô’ahu c’est Honolulu et ses hôtels de luxe sur la plage. C’est Waikiki et les vitrines surchargées. C’est beaucoup de monde sur des échangeurs saturés. Mais toujours des plages qui s’étirent entre deux volcans endormis.

drame

Avec le luxe arrive le drame social. Ça tambourine dans la rue. Les employés des grands hôtels de Waikiki sont en grève. Ils écorchent un peu l’imagerie des vacances au paradis que les hall d’hôtels tentent d’imposer. Ils chantent dans leur porte-voix et c’est un peu la fête de l’huma à Hawaii. Sur les tracts on apprend, sans grande surprise, qu’ils sont sous-payés par leurs employeurs qui enchaînent des profits records. Et sous-payés à Hawaii, ça signifie gagner moins de 22$ de l’heure (limite du seuil de pauvreté) et se situer trop loin du salaire minimum pour une vie correcte (39€ de l’heure). Leur slogan est simple : one job should be enough, un emploi devrait suffire. Pour survivre, la seule solution est de cumuler deux emplois, un le jour et l’autre la nuit.

O’hau

O’hau c’est l’île qui concentre l’écrasante majorité de la population de l’archipel. Bien plus petite que Big Island, l’augmentation de la densité de population se fait sentir dès la sortie de l’aéroport. Ça se bouscule dans les échangeurs, les places de parking libres se font rares et l’urbanisation commence à produire ses monstruosités architecturales. On se dirige directement vers Waikiki, lieu mythique fabriqué de toute pièce par un tourisme galopant. Marécages il y a un siècle, la plage de Waikiki c’est aujourd’hui des tonnes de sable qu’il faut ramener d’une île voisine pour satisfaire le derrière délicat des touristes américains qui bronzent recouverts de crème solaire qui détruit ce qui reste de vivant dans l’eau. J’exagère ? Même pas. C’est Las Vegas au bord de l’eau. C’est l’artificiel en carton-pâte qui dévore un des plus beaux endroits de Hawaii.

Heureusement que plus loin vers le nord, on retrouve l’esprit Aloha, le mode de vie océanien avec ses roulottes à nourriture, ses plages désertes et des tortues qui continuent à venir s’y reposer au soleil. Les appareils photos se déchaînent devant des panoramas somptueux, héritages de l’histoire volcanique de l’île.

Back to Honolulu

Le retour à Honolulu signe la fin du voyage. Et une ultime soirée dans cette ville d’hôtels de luxe. Nous choisissons, pour des raisons pécuniaires, de dormir un peu loin du centre dans des quartiers plus populaires et évidemment plus sympathiques. Là où la collocation est le seul moyen de se loger, là où les trottoirs sont un peu moins entretenus et les maisons un peu moins rutilantes. Mais le contraste social atteint son maximum en fin de soirée quand une vague de sans-abris envahit la plage de Waikiki, la même où quelques heures avant, les apprentis surfeurs cherchaient la vague, les touristes photographiaient le coucher de soleil et nos infatigables employés en grève pourrissaient la soirée bon chic bon genre d’un hôtel de bord de mer en même temps qu’un bateau porte-containers s’invitait juste devant le soleil rougeoyant pourrissant les photos souvenirs. C’est Waikiki la belle qui voit ses poubelles fouillées et ses trottoirs transformés en toilettes de plein air. C’est le vernis d’une société inégalitaire qui craque. Les SDF s’installent partout, certains après une dure journée de travail et nos grévistes s’apprêtent à affronter la nuit en buvant du café, leur QG coincé entre deux grattes-ciels. Un autre volcan prépare son éruption.