Florian
Florian Cyclo-voyageur. Auteur du livre 'une famille un monde'

Dénivelé et des hommes

Dénivelé et des hommes

Nous sommes toujours à Celendin dans la famille de Julio. Impossible de partir : Zoé a été invitée à l’école vendredi et aujourd’ hui samedi, nous sommes conviés à déjeuner avec l’institutrice qui va nous emmener visiter la ville de Sucre. On ne se plaint pas, voyager c’est aussi savoir s’ arrêter et prendre le temps de découvrir les gens et un mode de vie tellement plus paisible qu’ en France.

Pour commencer, quelques videos de notre vie de tous les jours :

09 octobre 2010 : Leymebamba - Ipana

A chanter sur l’air de l’Auvergnat de Brassens : «Elle est à toi cette chanson Toi l’péruvien qui sans façon Nous a donné des patates chaudes Quand à 3000 il faisait froid

Toi qui n’a pas crié «gringo» Alors que nous n’avions plus d’eau Et qui nous a ouvert son pré Pour que nous puissions camper

Ce n’était rien que des patates Mais elles nous ont chauffé le corps Et dans nos coeurs elles brûlent encore A la manière d’un feu de joie»

10 octobre 2010 : Ipana - Balsas

Nous avons aimé longer le canal du midi, pédaler sur la plage jusqu’à Barcelone, rouler entre les volcans en Equateur, rejoindre l’Amazonie par la route de Banos, mais la route d’aujourd’hui se place loin devant dans le classement des plus belles routes du voyage. Arrivés à 12h au col à 3600m, nous avons la chance que le ciel soit dégagé. «Une mer de montagnes» suggère Carine. C’est exactement ça et surtout 60km de descente dans ces paysages andins le long d’une route taillée à même la roche faite successivement de pierre, de terre et de sable. Evidemment, avec un revêtement pareil, pas question de battre des records de vitesse. Et puis les pauses photos n’ont jamais été aussi nombreuses.

Seule ombre au tableau de cette journée idéale, nous finissons dans le nuit et n’arrivons pas jusqu’à Balsas. On dort dans un village dont nous découvrons, au matin, l’extrême pauvreté. Ici on ne survit qu’en vendant quelques vivres aux rares véhicules de passage. Nous faisons nous-mêmes quelques courses en vue des deux journées à venir.

11 octobre 2010 : Balsas - Limon

Cette journée est le négatif de la précédente. 55 km de montée raide sur piste. Une sécheresse déprimante et quelques insectes de belle taille.

Rien de bien accueillant. Nous faisons à peine 20km avant de trouver une petite échoppe devant laquelle nous savourons des boissons fraîches et derrière laquelle nous campons.

12 octobre 2010 : Limon - ?

Ce qui, il y a encore quelques mois, nous paraissait encore impossible, aujourd’hui nous le faisons : monter les cols de la cordillère des Andes à vélo avec nos enfants. Géographiquement, nous passons de la cordillère orientale à la cordillère centrale. C’est éprouvant mais magnifique. On ressent la satisfaction d’un exploit d’apparence inutile mais qui donne un sens à ce voyage. Et ces campements improvisés au milieu des montagnes resteront des souvenirs inoubliables.

13 octobre 2010 :     ? - Celendin

Nous avons dormi dans un pré près d’une ferme. Ce matin, alors que nous plions nos affaires, le fermier vient vers nous avec une assiette à la main. Il nous offre du «Choclo», le maïs blanc d’Amérique latine; ça complète notre petit déjeuner où, faute de vivres, nous avons mélangé riz et sucre de canne . On lui achète un peu de fromage et au moment de partir, nous constatons que la remorque nous joue encore des tours. Cette fois-ci, c’est une lame d’amortisseurs qui s’est cassée. Je rafistole comme je peux et nous partons pour Celendin.

Sans trop y croire, nous allons à une adresse que m’a laissée une enseignante lors de ma visite à l’école de Jaen. Son frère est un féru de vélo mais nous n’avons pas pu l’appeler pour le prévenir de notre arrivée faute de téléphone cette semaine. Peu importe, à peine sommes-nous devant sa porte qu’il nous accueille avec un grand sourire et un «bienvenidos». Deux minutes plus tard, nous sommes assis dans le salon devant une montagne de nourriture. Sa maman nous accueille d’un «merci de venir chez nous». On prend quelques photos de famille.

Je montre à Julio l’amortisseur cassé. En 2 minutes, nous démontons la pièce et partons chez un ami mécanicien. 1h plus tard, on rentre avec une copie conforme neuve et l’ancienne pièce ressoudée au cas où. La réparation me coûte la somme de 20 centimes d’euros.

Et comme si ça ne suffisait pas, sa femme nous a préparé une chambre avec 2 lits pour rester dormir. Le soir, nous regardons les vidéos que Julio fait des oiseaux lors de ses sorties à vélo et nous jouons un peu de guitare; ça peut servir, quelques irréductibles continuent à chanter la sérénade sous les fenêtres des jeunes filles de Celedin…