Florian
Florian Cyclo-voyageur. Auteur du livre 'une famille un monde'

Comme des momies au Pérou

Comme des momies au Pérou

Nous sommes arrivés, après bien des difficultés, à Celedin, petite ville perdue dans le nord du Pérou.

29,30 septembre 2010 : Jaen On voudrait partir de Jaen mais Miguel, après avoir réparé la remorque, veut vérifier les vélos. Bonne idée, le moyeu de ma roue arrière est presque bloqué et devant ce n’est guère mieux. 2500 km ont eu raison des roulements. La chaîne est bonne à changer également. Sur le tandem, c’est mieux mais ça manque de graisse. Nous voilà donc avec nos véhicules tous équipés de roulements neufs ou révisés. On trouve un peu de temps pour une interview à la radio et une autre pour le journal de la région.

01 octobre 2010 : Jaen - Bagua Grande

6h du matin : encore un départ émouvant. Miguel refuse qu’on lui paye la main d’oeuvre. Par contre, il nous accompagne sur quelques kilomètres avec sa fille. Son père, fondateur de l’atelier, vient également. Ses amis cyclistes sont là et roulent avec nous. La caravane passe, les chiens aboient, comme d’habitude ! Les vieux routards vous le diront, plus encore que le cadre, les roulements sont vraiment les parties importantes d’un vélo. Après leur passage entre les mains expertes de Miguel, les vélos «glissent» sur la route avec peu d’effort. Pour preuve, nous faisons sans difficulté 70km d’un parcours pas vraiment plat et sous une chaleur écrasante. Pourtant 5 crevaisons des petites roues de la remorque plombent notre avancée. Je finis par mettre un pneu neuf pour terminer l’étape. La bande anticrevaison de l’ancien pneu s’est transformé en passoire. Moralité, les pneus Schwalbe pour les vélos, c’est bien, pour les remorques c’est nul.

02 octobre 2010 : Bagua Grande - 40km pkus loin

Pour fêter nos 3 mois de voyage, on a eu droit à la série noire du matériel : crevaisons à répétition, une sacoche de mon vélo qui se perce, une fixation de sacoche qui se perd, un arceau de la tente qui se casse. A croire que le matériel de voyage est conçu pour une durée de 3 mois. Evidemment, on ne fait pas les kilomètres prévus. Quand la nuit tombe, il est temps de trouver un endroit tranquille pour camper. Les lucioles nous tournent autour et en face, la montagne brûle. L’objectif de cette déforestation brutale est de dégager des surfaces cultivables. L’inconvénient est que la moitié de la disparition de la forêt amazonienne est due à ces pratiques. «Le café», demande Ingrid dans ses commentaires : la situation s’améliore. En Equateur, difficile d’échapper au café soluble hors de prix sauf dans le sud où l’on commence à trouver du vrai café moulu. Au Pérou, grand producteur de café, il est fait à partir de grains moulus. Il est préparé avec de l’eau sucrée au sucre de canne. On est donc assez loin du café noir italien. Mais on peut boire du café. Par contre, toujours pas de baguette ni de camembert à l’horizon…

03 octobre 2010 : 40km après Bagua Grande - Pedro Luis On remonte enfin en altitude. Le chaleur devient plus supportable. Le paysage se modifie également. Mais nous n’avons pas assez mangé la veille et nous manquons d’eau. 2 boîtes de thon oubliées au fond d’une sacoche et une source d’eau froide viennent nous sauver. Le soir, une hospedaje et un poulet rôti-frites font notre bonheur.

04 octobre 2010 : Pedro Luis - 37 km plus loin Nous continuons à remonter lentement dans la Cordillère. Il fait enfin moins chaud. La route suit une vallée profonde où nous roulons à l’ombre. Les paysages sont superbes. Nous nous régalons de fruits frais et de gâteaux à la coco. Les villages autant que les voitures sont rares. Nous montons le camp pour la nuit au bord du Rio Utcubamba.

05 octobre 2010 : 37 km après Pedro Luis - Tingo Notre destination d’aujourd’hui est Tingo, le village situé en contrebas de Kuelap, la forteresse précolombienne la plus mystérieuse du Pérou. A proximité de Chachapoyas, un panneau nous indique que nous quittons l’asphalte pour 300km de piste. En fait, rien à voir avec les routes défoncées qui nous ont accueillis au Pérou. Le chemin est carrossable et Mr Brooks prend bien soin de notre postérieur. A Tingo, une vieille bâtisse qui sent bon le bois humide nous sert de camp de base avant d’attaquer demain à l’aube et à pied les 1300m de dénivelé pour atteindre Kuelap.

06 octobre 2010 : Tingo-Kuelap

A la question «Est-il raisonnable d’emmener une enfant de 2 ans et demi marcher 1300m de dénivelé sur un chemin de montagne ?», la réponse est non. Encore un fois, pour nous tirer d’un de ces plans galères dont nous avons le secret, on va pouvoir compter sur la gentillesse des montagnards. C’est sur un cheval que Mahaut finira l’ascension, sourire aux lèvres.

De loin, on aperçoit les murs impressionnants de la forteresse pré-inca.

Une fois face à la porte monumentale, on est saisi par le gigantisme de cette construction. On dit qu’il a fallu 3 fois plus de pierres pour l’édifier que pour la construction de la grande pyramide d’Egypte. Evidemment, le lieu, un sommet qui domine toute la région, vaut déjà le détour. A l’intérieur, des centaines d’habitations circulaires, certaines entièrement dégagées, d’autres encore prises dans la végétation. On se promène dans cette ville mystérieuse avec émotion, d’autant plus que le tourisme y est presque totalement absent .

La descente se révélera aussi laborieuse que la montée et on finira le chemin dans la nuit. Une soupe chaude et un truite seront notre meilleur réconfort une fois revenus au village. Bravo à Zoé pour ces 9h de marche…

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07 octobre 2010 : Tingo - Leymebamba

On continue à remonter la vallée qui mène à Leymebamba. Nos exploits pédestres de la veille ont laissé des traces. On se traîne. A mi-chemin, nous croisons Sibylle, Audrey, Tanou, Yannouk, Arthuro et Cyrilo, six cyclo-voyageurs français qui remontent d’Argentine vers la Californie. Comme à chaque rencontre, nous échangeons autour du voyage et de nos expériences.

Finalement, c’est encore un peu tard que nous arrivons au village. Nous trouvons un petit hôtel pour garder nos affaires demain quand nous irons rendre visite aux 250 momies !

08 octobre 2010 : Leymebamba

Quand les Espagnols découvrirent que les Incas gardaient leurs ancêtres momifiés dans la maison, ils n’apprécièrent pas vraiment cette coutume et en détruisirent une grande partie. Alors, quand en 1997 on trouva dans la falaise au-dessus de la laguna de los condores un peu plus de 200 momies intactes, le monde scientifique décida de créer un musée où les étudier et les conserver à quelques kilomètres de là. Comme pour le reste du monde Inca, difficile d’expliquer les raisons qui poussèrent à la création de telles sépultures, les Incas n’utilisant pas l’écriture. N’empêche que le musée présente de façon pédagogique cette découverte majeure et que la vision de ces corps recroquevillés reste particulièrement émouvante.

Pour le reste, nous profitons pleinement de cette journée de repos car dans les jours qui suivent, pour rejoindre Cajamarca, c’est un col à 3680m, puis une descente à 900m au bord du Rio Maranon, puis remontée à 3200m et passage à 3620m. Rien que de l’écrire, je suis déjà fatigué. Quand j’en parle à Carine, elle fait aussi une drôle de tête :

Allez, profitez bien de l’automne français. Ici, c’est la saison des pluies qui commence…