Florian
Florian Cyclo-voyageur. Auteur du livre 'une famille un monde'

En route pour Jaen

En route pour Jaen

25 septembre 2010 : San Ignacio - 20 km avant Tamborapa

Le bon génie qui suit notre voyage a eu la bonne idée, ce matin, de changer une nouvelle fois le décor. De la montagne sèche de San Ignacio, nous descendons dans la vallée du Rio Chinchipe.

Dans les premiers kilomètres, on se croirait à Sapa au Vietnam : des rizières avec les montagnes en toile de fond.

Le bon génie a eu également l’idée de nous faire parcourir la vallée dans le sens descendant et d’aplanir un peu la route, ce qui rend cette étape très agréable.

Toujours peu de voitures, on se croit seuls au bout du monde. Sauf à la pause repas où une famille entière sort d’on ne sait où pour toucher les cheveux de Mahaut. Il fait 40°C à l’ombre.

26 septembre 2010 : 20 km avant Tamborapa - Jaen

Réveillés à 4h du matin par un cochon égorgé , nous sommes prêts à l’aube. Tant mieux car la journée s’annonce encore très chaude. La chance viendra sous la forme d’un motard, Milton, qui nous donne l’adresse d’un magasin de vélo à Jaen : «El Ciclista». Nous pouvons nous rendre là-bas, nous serons bien reçus. La route continue à sillonner des plaines cultivées en bordure des rivières.

Riz, ananas, mangues, papayes en abondance. Nous retrouvons l’asphalte et avec lui un peu de civilisation à mi-chemin.

En fin de parcours, nous sommes accompagnés par un cycliste puis un motard qui nous questionnent sans relâche.

65km plus tard, nous sommes à Jaen en plein défilé de mototaxis aux couleurs des différents partis politiques qui s’affronterons dimanche prochain. On se faufile parmi les manifestants pour rejoindre la «casa el ciclista». Miguel qui tient le magasin est absent mais toute la famille nous accueille à bras ouverts. Ils nous prêtent une chambre et nous mettent en garde sur la dangerosité de la ville. Récemment, deux personnes se sont faites tuer et les habitants sont en émoi. ça ne nous empêche pas d’aller déguster un bon poisson grillé suivi de flans et de yahourts artisanaux. J’ai l’impression qu’ici comme ailleurs, on parle beaucoup d’insécurité avant les élections.

27 septembre 2010 : Jaen : «El ciclista»

Nous passons la journée dans l’atelier de réparation de vélo du senior Miguel. C’est la caverne d’ali baba du cycliste. Toute la famille monte et démonte des vélos du matin au soir. Une seule règle : la débrouille. Et un savoir certain. Tous les amoureux de vélo viennent régulièrement ici. Miguel commence à récupérer des bouts de tube et des vis pour réparer et améliorer le système de roulement de la charriote de Mahaut. Le système très fragile d’axe fusée de Charriot va être remplacé par de la technologie péruvienne adaptée aux routes péruviennes.

Il continue à faire chaud, très chaud, ce qui n’empêche pas les enfants de jouer.

28 septembre 2010 : Jaen : «El colegio»

Quand Miguel nous propose de visiter l’école de ses filles, nous sautons sur l’occasion. A Cuenca, nous nous étions heurtés au refus du directeur. Ici, il est content d’accueillir ces deux professeurs venus de France. J’ai droit à la visite complète de l’école pendant que Carine se repose sur un tapis de la maternelle. C’est à son tour d’être malade. Comme partout au Pérou, les enfants m’accompagnent bruyamment en répétant inlassablement les mêmes questions : «De donde viene ?» et «Como te llamas ?».

Un élève s’étonne de ma grande taille. «Il a bu beaucoup de lait» répond sa maitresse. Je ne démens pas.

Cette école publique est la plus ancienne de Jaen et une des plus anciennes du Pérou. Cela explique en partie qu’elle soit si bien équipée par rapport aux autres établissements que nous avons vus. Une bibliothèque, un laboratoire, une salle informatique et des salles avec suffisamment de tables et de chaises. Pour le reste, les manuels sont édités par l’état et les élèves sont très bruyants !

Pendant que je visite, Zoé et Mahaut se font entraînées par un autre groupe d’élèves et je les retrouve assises à une table dans une classe. Je récupère Mahaut et laisse Zoé trop heureuse d’aller à l’école !

Fin des cours à 12h30. Repas délicieux pour 3 . A 14h30, Zoé retourne à l’école pour le sport. Mais le mieux est de la laisser raconter tout ça dans sons journal … prochainement.

Un autre Miguel rencontré dans l’atelier de vélos (c’est fou le monde qui passe ici) m’emmène faire une balade à vélo à travers les rizières en bordure de la ville. Nous discutons (autant que mon espagnol le permet) de la vie au Pérou et en France. Ici le salaire minimum est de 200 sols (50€). Il permet de manger correctement et de vivre dans une cabane sans eau ni électricité. A partir de 500 sols (120€), on mange bien, on peut vivre dans un appartement et conduire une moto. Je précise que par appartement, il faut voir une ou deux pièces très simples et que la moto n’est pas vraiment du dernier cri. Au delà, on commence à faire partie des riches.

29 septembre 2010 : Jaen - Suite et fin

Le Pérou, comme tous les pays pauvres, paye cher le changement climatique, dû essentiellement au mode de vie énergivore des pays riches. Les glaciers fondent et avec eux les réserves d’eau potable du pays. Les cours d’eau s’assèchent et le rendement des cultures traditionnelles est en baisse. En particulier, la culture du riz, aliment principal, devient difficile. Ajoutons à cela les désastres naturels qui détruisent en partie les habitations des plus démunis.

La notion d’écologie pointe le bout de son nez à l’école où Zoé est retournée aujourd’hui. Des projets concernant la sauvegarde des espèces animales et végétales sont menés dans les différents niveaux. La classe politique en parle un peu également. Par exemple, ce soir nous sommes invités par un des candidats à faire un tour de vélo en ville avec d’autres cyclistes pour promouvoir le déplacement durable. Il faut dire que cette semaine est la semaine «marathon meeting». Chaque jour des mototaxis défilent aux couleurs des différents partes . Chaque soir un podium et une sono sont montés en ville pour accueillir les candidats. Des slogans sont scandés entre deux morceaux de salsa. Un coté fête populaire accompagne la campagne politique. Côté programme, la plupart des candidats sont du côté des pauvres (il vaut mieux par ici), beaucoup parlent de travail (une denrée rare), de la fin de la corruption (preuve que ce fléau ronge encore le pays) et de lutte contre l’insécurité (tient, ça me rappelle quelque chose…).