Florian
Florian Cyclo-voyageur. Auteur du livre 'une famille un monde'

Plus que 4000km !

Plus que 4000km !

Petit résumé en images de la semaine :

Bonne nouvelle, nous sommes sur la bonne route :

Le principal problème ici, c’est le vent. Les Argentins ont même un panneau pour ça :

L’autre problème, c’est Carine qui a cassé ses lunettes. Il a fallu en racheter mais franchement, le choix n’est pas terrible par ici :

Plus en détails et plus sérieusement :

22 mars 2011 : Chilecito - Sanogasta

Ce matin, nous abandonnons Seb et Mona à leur épopée auto-stoppique pour rejoindre la Cuesta Miranda qui, comme son nom l’indique, est une côte. Nous nous arrêtons en début d’après-midi au village précédent afin d’éviter de finir desséchés par le soleil et se reposer un peu avant la piste grimpante de demain.

Ici, on a une vision assez rock’n roll du petit Jésus;-

23 mars 2011 : Sanogasta - Los Tambillos

Ca grimpe et nous avons le vent de face mais la montée est plus courte que prévue et nous y faisons quelques rencontres (salut Cavanna !) qui sont toujours un bon prétexte pour souffler un peu.

Et puis, regardez, c’est beau :

Nous faisons encore une pause devant un monument dédié à la_ Difunta Correa._ Ici, elle fait l’objet d’un véritable culte. Il y a 200 ans, cette jeune femme partait, avec son bébé dans les bras, retrouver son amoureux parti à la guerre. Mais la route est longue à travers ces montagnes et la pampa - nous en savons quelque chose - et les vivres vinrent à manquer et la pauvre mourut de soif. Quant on la retrouva, elle tenait encore sur son sein son bébé vivant. Aujourd’hui, elle fait l’objet d’une adoration incroyable dans tout le pays bien que l’église ne l’ait jamais sanctifiée. Le plus symbolique  est ces bouteilles d’eau que ses admirateurs continuent à déposer devant chaque chapelle comme pour essayer d’étancher la soif éternelle de la difunta.

Cette belle histoire nous fait doublement sourire : d’abord, elle nous rappelle que dans un pays où les distances entre villages sont énormes, il faut gérer notre stock d’eau. Ensuite, si un jour nous manquons du précieux liquide, nous pourrons toujours prendre discrètement une bouteille devant une des chapelles, il y en a le long de toutes les routes…

24 mars 2011 : Los Tambillos - Valle Union

Après avoir serré la main de l’hôtelier qui nous a donné une chambre quadruple pour le prix d’une place de camping et grâce à qui nous évitâmes la pluie (un peu de passé simple, c’est si castillano), nous descendons de la montagne pour rejoindre une vallée immense (combien de jours nous faudra-t-il pour ressortir d’ici ?). Nous aurions pu éviter le gros bourg de Valle Union et filer directement vers la valle de la luna ou suivre la ruta 40 mais nous avions besoin d’internet pour gérer notre «carrière professionnelle». Ca ne manque pas de piquant.

25 mars 2011 : Valle Union

Chaude journée. Je consulte internet sur la place centrale du village. Le soir, nous récoltons un peu de bois pour faire le traditionnel asado . Nous nous gardons un peu de bonnes choses grillées pour le sandwich du lendemain. Un chien (un renard ?) s’en régalera pendant la nuit nous laissant fort démunis quand le matin fût venu.

26 mars 2011 : Valle Union - Guandacol

Un fort vent du sud continue à souffler. L’étape est belle, le passage d’une vallée à l’autre se faisant au travers de montagnes multicolores.

Et au travers de grandes flaques d’eau :

Arrivés à Guandacol, nous demandons à camper derrière la station service, pratique courante des routiers. Le bar-restaurant qui jouxte la station vient tout juste d’ouvrir. Nous y sommes reçus mieux qu’à l’hôtel : café, eau chauffée à la hâte dans la cuisine pour se baigner, dessins animés pour les filles et tout ça avec le sourire et gracieusement.

L’Argentine devient, au fur et à mesure de notre descente, le pays idéal : un accueil extraordinaire comme seuls les Sud-Américains en ont le secret et un niveau de développement plus proche de nos habitudes occidentales. De quoi vous coller le sourire aux lèvres pour toute la soirée.

27 mars 2011 : Guandacol - ?

Des fourmis de toutes les couleurs, des moustiques de toutes les tailles, des machins volants et vrombissants, des serpents, des araignées : la pampa ou le paradis des insectes. Nous sommes dévorés jour et nuit par ces petites bêtes. Carine en fait même une allergie avec des pustules qui lui poussent sur les bras et dans le dos . Pour paraphraser Renaud, je dirais “la nature c’est dégueulasse, les insectes vivent dedans”. Malgré tout cela, après notre ration journalière de lignes droites, dormir sur le sable, entourés de cactus et les yeux rivés sur les sommets à plus de 6000 mètres reste un moment unique. Nous y faisons l’école nomade, les jeux nomades et la cuisine nomade loin de la Libye et du Japon. Et pendant que vous allez vers des jours meilleurs, nous sentons ici que le fond de l’air devient frais. Si seulement ça pouvait éliminer quelques insectes.

28 mars 2011 : ? - Huaco

Levés comme nous nous sommes couchés, seuls au monde, nous buvons notre café amélioré ce matin d’une brioche perdue au fond du sac à provisions. La route nous offre peu de surprises et nous arrivons au premier village pour se ravitailler en début d’après-midi. Il fait chaud, les environs sont magnifiques et comme il faut attendre la fin de la sieste pour fouiner dans les échoppes, nous nous posons. Et comme nous nous posons, nous restons pour la nuit.

29 mars 0211 ; Huaco - Niquivil

Des trois obligations du cyclovoyageur , la troisième est de loin celle qui offre le plus de variété. Si nous avions déjà eu recours aux services publics sud-américains pour trouver un toit en forme d’école ou de caserne des pompiers, c’est la première fois que nous nous adressons directement à la police pour nous loger. Certainement qu’une “peur du gendarme” légèrement atavique nous tenait éloignés de ceux qui portent une arme à la ceinture. C’est dommage car l’hospitalité derrière la petite cabane en bois de la police de Niquivil est la même que dans le reste du pays : un coin d’herbe pour dormir, une douche et un banc pour s’asseoir . Quand on a les trois en même temps, c’est le luxe. En prime un peu d’eau chaude pour le mate et le droit pour Zoé d’utiliser la machine à écrire du chef !

A part ça, Carine continue à faire des siennes : après avoir sérieusement déjanté il y a quelques mois, aujourd’hui, elle perd carrément les pédales. La faute au piètre mécanicien qu’elle a emmené avec elle et qui n’a pas du suffisamment serré la vis…

30 mars 2011 : Niquivil - … Sanchez

Cette journée aura été celle de la VN, la Vialidad National, les bonshommes chargés de l’entretien des routes. Déjà hier, ils avaient rompu la monotonie de la route avec leurs travaux. L’occasion de nous donner de l’eau et de nous indiquer le kilométrage restant. Aujourd’hui, c’est nous qui allons demander de l’eau à l’un de leurs campements. Car, des trois villages indiqués sur la carte et que nous venons de traverser, ils ne restent rien. Peut-être sont-ils tous morts d’ennui en regardant la route.

Le soir, c’est dans un campement plus grand que nous allons à nouveau demander de l’eau et un endroit où planter notre tente. Là, au milieu du désert, le son du groupe électrogène est presque rassurant.

31 mars 2011 : …. Sanchez - ?

De nouveau, le fort vent de face réduit à néant notre espoir de rejoindre la civilisation ce soir. Quant au seul endroit habité de la route, c’est un restaurant - kiosko qui n’a plus rien à manger. Il faut se contenter de chips bien grasses arrosées de coca bien frais. Le soir, niché dans un recoin de la route, nous finissons cette journée “gastronomiquement” lamentable par une bonne casserole “d’aliment à base de céréales”. A la première bouchée, je vérifie sur le paquet qu’il s’agit bien d’alimentation à destination des êtres humains. Ouf, c’est bien fait pour être mangé et c’est en plus renforcé en vitamines et sels minéraux. De quoi se plaint-on ? Après un tel festin, nous partons nous coucher dans le lit de la rivière, un lit de cailloux en somme…

01 avril 2011 : ? - San Juan

Le vent a redoublé de violence. Nous hésitons même à prendre la route. Mais rester ici sans rien à manger n’est pas vraiment une solution. Et évidemment, en roulant parmi les cactus pour rejoindre la route, les roues de la carriole se retrouvent à plat. Je répare sur le bord de la route et au moment de raccrocher le timon, j’oublie de raccorder la sécurité. A peine avons-nous fait 500 mètres que la carriole se décroche et, emportée par les rafales de vent, dévale toute la côte que je viens de gravir. Mahaut se met à hurler. Je jette le vélo sur le bord de la route et cours pour rattraper ma fille enfermée dans la carriole. Mais c’est peine perdue, chargée comme elle est, elle prend rapidement de la vitesse. Carine réagit mieux que moi. Elle a fait demi-tour et sur son tandem-paquebot, elle me dépasse. S’engage alors une course poursuite entre la fille et la mère. De part et d’autre de la route, les véhicules s’arrêtent et leurs passagers sortent précipitamment pour applaudir. Je m’arrête à bout de souffle. Un Argentin me tend son mate. “Bois amigo, je paris 5 pesos que c’est la carriole qui va gagner”. C’est alors qu’un poisson sorti d’on ne sait où bondit sur la route et stoppe nette la course folle de la carriole. Je peux enfin boire mon mate tranquillement.