Florian
Florian Cyclo-voyageur. Auteur du livre 'une famille un monde'

Les pieds dans l'eau

Les pieds dans l'eau

Hé, ce n’est pas parce que nous n’écrivons pas sur le blog que nous n’avançons pas ! Au contraire, nous roulons à un bon rythme mais n’oubliez pas, l’Argentine c’est 40 millions d’habitants dans un pays  5 fois grand comme la France. Ca vous donne une idée des espaces dépeuplés que nous traversons . Donc entre deux villages peu équipés, il n’y a que de la pampa. Alors Internet, n’y pensez même pas. Pas d’inquiétude à avoir cependant, tout est au beau fixe (même le temps).

Le titre du précédent article n’ayant pas déclenché l’hilarité, voici une explication en vidéo du titre du présent article :

En détails :

03 et 04 mars 2011 : Cafayate

Repos, lessive, barbecues, mécanique, blog, jeux, musique, observation des oiseaux.

05 mars 2011 : Cafayate - Colalao del Valle

Partis de Cafayate en fin de matinée, nous comptions aller jusqu’aux ruines de Quilmes. Mais Zoé ne se sent pas bien. Nous écourtons l’étape et demandons à planter notre tente à côté d’un comedor . C’est Pauline, une cyclovoyageuse écossaise qui nous a indiqué l’endroit. Nous avons discuté avec elle de l’état des routes : celle qu’elle va prendre pour rejoindre la Bolivie et celles qui nous attendent pour rejoindre Mendoza. Elle nous encourage également dans un projet un peu f(l)ou que nous souhaitons réaliser dans quelques mois. Mais de cela, nous vous parlerons si ça aboutit.

06 mars 2011 : Colalalao del Valle - Santa Maria

L’Argentine serait un pays bien agréable si l’on pouvait y dormir un peu. Le petit comedor d’hier soir semblait un endroit bien paisible sauf que, suite à une coupure d’électricité, la petite dame refuse de nous faire à manger. Puis à 20h, c’est une demi-douzaine de voitures qui débarquent pour passer la nuit musique à fond. Et quand ces braves gens partent dormir au milieu de la nuit, ils sont relayés par une bande de joyeux lurons armés de guitares et d’une grosse caisse nous empêchant définitivement de dormir. Aux premières lueurs du jour , nous déguerpissons pour aller prendre un café plus loin (les concertistes, eux, vont seulement se coucher). Mais c’est sans compter sur les pluies diluviennes qui ont créé partout des badenes, torrents de boue traversant la route à intervalles réguliers.

Certains endroits sont infranchissables et c’est grâce à un engin de chantier venu pour dégager la boue que nous passons la carriole.

Un baden plus loin, nous perfectionnons le système :

Pour compléter le tableau, à cette heure matinale et avec le temps orageux, nous nous faisons dévorer par les moustiques. Par contre, nous, nous n’avons rien à dévorer. A hauteur de Quilmes, nous décidons d’emprunter une piste qui mène aux ruines pré-incas. Les ruines en elles-mêmes sont assez décevantes.

Le plus intéressant est l’imbrigolio juridique qui les concerne. Le site, acheté une misère par un homme d’affaires argentin, qui y a fait construire un hôtel avec piscine, est aujourd’hui réclamé par les Indiens qui considèrent qu’il s’agit là de leur héritage. Le tribunal propose un arrangement où l’exploitation du site est confié à la communauté indienne et la propriété remise pour 5 ans au businessman. Une séparation des biens que les Indiens contestent invoquant la création d’un monde unique par la Pachamama et dont les différents éléments ne peuvent pas être séparés. Pour calmer la colère des indiens, le propriétaire des lieux a fait construire un peu plus loin, dans le village d’Aimacha, un musée dédié à la Pachamama. C’est d’ailleurs dans ce village que nous comptons faire des provisions et passer la nuit. Sauf que nous sommes dimanche et que c’est la fête de la Pachamama ! Un grand carnaval est organisé depuis samedi et le gouvernement argentin a ajouté lundi et mardi comme jours fériés. C’est quatre jours de fiesta prévus et le paisible village s’est transformé en mégapole. Tout est complet, les campings, les jardins des particuliers, les places du village.

Il ne nous reste donc plus qu’à pousser jusqu’ à Santa Maria, 20 km plus loin. A 19h, nous plantons notre tente. Fin d’une longue journée.

07 et 08 mars 2011 : Santa Maria

Bloqués à Santa Maria pour cause de problèmes mécaniques , nous continuons notre lente transformation en vrais Argentins.

D’abord, boire du Yerba Mate toute le journée en respectant le protocole : 50g de feuilles grossièrement hachées dans une tasse sur lesquelles on verse de l’eau bouillante à plusieurs reprises et que l’on boit à l’aide d’une paille métallique (bombilla). La première fois, on se brûle. La deuxième fois on est surpris par l’amertume. La troisième fois on est accroc. Il faut dire que cette plante médicinale possède de nombreuses propriétés intéressantes : chargée en antioxydants et en caféine, elle supprime la sensation de fatigue, tonifie les muscles et le cerveau, réduit la faim, limite les migraines et, cerise sur le gâteau, mange le mauvais cholestérol pour en produire du bon. Une aubaine dans un pays où l’aliment principal est la viande rouge. C’est la boisson nationale, détrônant Coca-Cola majoritaire sur le continent (main dans la main avec le Fanta orange …). Tous les Argentins se promènent avec leur mate, leur bombilla et une thermos d’eau chaude.

Ensuite, il faut changer de régime alimentaire. Finis les fruits et les légumes. Ici on dévore de la viande. On l’achète dans des boucheries où elle est découpée à la demande et à la scie à ruban. Demandez un peu de viande à griller pour deux et on vous sert 1kg de viande. L’unité de mesure, c’est le baby-steak, une pièce de 500g. La viande est juteuse et même oubliée sur le grill, elle reste tendre. Le secret : des animaux vivants dans l’immensité de la pampa, sans complément alimentaire ni antibiotique et grandissant à un rythme normal.

Que font les Argentins quand ils ont une demi-journée devant eux ? Ils trouvent un asadore, barbecue gigantesque. Il y en a partout : place de village, camping municipal, le long des routes,… Là, ils sortent le charbon, la viande et mettent la musique à tue-tête. C’est véritablement la troisième occupation du pays après la sieste et le football.

Et enfin, il boivent du Soda :

Dernier détail amusant : sur les devantures des magasin, on trouve un panneau disant «Abrimos cuando venimos y cerramos cuando nos vemos» : on ouvre quand on arrive et on ferme quand on part. Inutile de demander les horaires.

09 mars 2011 : Santa Maria - Punto de Balasto

La route 40 en Argentine est un peu l’équivalent de la route 66 aux Etats-Unis : une route mythique qui traverse le pays de part en part dans des paysages superbes. Peu fréquentée, la qualité du revêtement laisse à désirer et les possibilités de ravitaillement sont rares. Aujourd’hui s’ajoute une difficulté supplémentaire. Les rivières en crue traversent toujours la route et des ponts ont été arrachés par le courant. On nous prédit que nous ne passerons pas. Finalement nous franchissons deux cours d’eau en poussant les vélos. Pour la carriole et les enfants, nous préférons sagement demander à un véhicule d’assurer la traversée. Nous nous arrêtons au dernier village avant un long tronçon «sin nada», sans rien. A la première personne que nous croisons, je pose la question traditionnelle «où pouvons nous camper ?». «Dans mon jardin» me répond sans hésiter Manuel. Il est en train d’y construire sa maison . L’endroit est juste parfaitement paradisiaque. Nous pouvons même prendre une douche chaude et boire une boisson fraîche.

Nous discutons encore des différences culturelles entre nos deux continents. En guise d’exemple, je lui explique qu’en France, si je demande à camper, je risque pas mal de refus . Nous visitons également le petit musée du village présentant les objets traditionnels de la communauté indienne. Il faudrait un article complet pour aborder le traitement des Indiens dans ce pays. Plus tard peut-être.

Une journée bien remplie sachant que le matin, à Santa Maria, une équipe de télévision assurant un reportage sur les élections de dimanche, nous est tombée dessus pour une petite interview. Si je trouve la vidéo sur le web, je la posterai mais il ne faudra pas se moquer, d’accord ?

10 mars 2011 : Punto de Balasto - ?

La route se poursuit, encadrée de sommets enneigés culminant à plus de 6000m. Mais ça monte et le vent joue les trouble-fête. Et puis ces grandes lignes droites ne sont pas vraiment motivantes. Comme prévu, nous trouvons de l’eau. Et ce sera ainsi tout le long des 90km qui séparent les deux villages. Nous campons à proximité d’une mystérieuse base militaire. Que se trame-t-il ici ? Un comité d’accueil pour martiens, des expérimentations sur des animaux disparus ? Je m’endors avant d’avoir trouvé le moindre indice…

11 mars 2011 : ? - Hualfin

Un franchissement de rivière sortie de son lit, un repas froid riche en féculent, de la piste qui casse, des montées, des galères pour trouver où dormir : une journée standard en somme.

12 mars 2011 : Hualfin - Puerta de San José

Cette fois-ci, c’est un camion de la municipalité qui nous aide à passer la rivière en crue. Tant mieux, c’était pas gagné de passer à pied. En descendant le vélo du camion, les dents des plateaux ont la mauvaise idée de se planter dans ma jambe. C’est pas très beau, nous verrons s’il faut faire des points à Belen. Le vent continue à jouer contre nous. 10km avant la «ville», nous trouvons un endroit bien paisible pour passer la nuit : sous un petit toit de paille, le ciel se faisant menaçant.

13 mars 2011 : Puerta de San Jose - Belén

Il nous faut nous arrêter à Belén essentiellement pour aller chercher un peu d’argent à la banque. Comme ce n’est pas très loin de là où nous avons dormi, nous restons la matinée  au camping. Il faut réparer ces maudits matelas gonflables, retendre la chaîne du tandem et réaliser quelques menus travaux. Comme nous sommes encore là à midi, les gens du village, venus dans ce petit coin de nature pour manger ensemble, nous offrent de partager leur repas : choclo et empanadas. Le choclo est préparé à l’argentine, bien différemment de la Bolivie. Un peu façon cassoulet à vrai dire.

C’est dimanche, jour des élections des intendentes, les maires de villages. La ville est animée, mais comme tous les dimanches, plus un sou à la banque. Il faudra attendre demain et faire la queue avec la moitié des habitants.

«Trop de gens et pas assez d’argent» résume un habitant que nous croisons et qui nous laisse une brochure de son commerce. Son métier est de faire repousser les cheveux !

14 mars 2011 : Belén

Day off. Enfin pas pour Zoé qui doit aller à l’école avec deux enseignants exigeants.

15 mars 2011 : Belén - ?

Cette fois-ci, c’est 100km de pampa qu’il faut parcourir entre nos deux villages étapes. Nous achetons notre ravitaillement à Belén et mangeons à midi chez Irène. Elle vient d’Allemagne et tient un petit resto-glacier. Nous nous régalons tout en résolvant quelques casse-têtes «made in Germany». Puis vient le désert Argentin où la ligne droite est reine et où la petite reine s’ennuie. Pour dormir, nous avons l’embarras du choix : des centaines de km2 de sable et d’arbustes juste pour nous. Là où la végétation pique le moins, nous montons la tente puis observons le ciel étoilé avec ce sentiment étrange de n’être pas grand chose.

16 mars 2011 : ? - San Blas

Il pleut. Pour la première fois depuis des semaines, la pluie nous accompagne toute la journée. Avec le vent et les longues lignes droites, l’étape est un peu lassante. Le soir, une hosteria nous servira de tente et un restaurant remplacera le réchaud à essence.