Florian
Florian Cyclo-voyageur. Auteur du livre 'une famille un monde'

Barjes de vélo

Barjes de vélo

Cafayate : nom de ville se déclinant habituellement en Cabernet-Sauvignon ou Merlot. Loin des hauts plateaux des Andes, nous atteignons les régions viticoles d’Argentine. Les routes  pour aller jusqu’ici ont été superbes. Changement de paysage permanent et pas encore cette pampa qui est, paraît-il, si ennuyeuse. Et la chance nous sourit encore : après les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la région la semaine dernière, nous débarquons sous un soleil de plomb.

25 février 2011 : Salta

Quelle déception ! Cette ville présentée par les guides comme une des plus belles d’Argentine nous a laissés de marbre. Si elle possède quelques beaux bâtiments, ceux-ci sont noyés dans une architecture urbaine assez laide. Inondée de voitures, sans un mètre de rue piétonne, elle ne nous donne guère envie de s’y attarder. Demain nous repartons non sans avoir fait le plein de protéines et d’ouvrages en français.

26 février 2011 : Salta - El caril

Nous ressortons comme nous étions rentrés, par une belle piste cyclable. Tant mieux car le trafic est dense. C’est le dernier samedi avant la rentrée scolaire. Sur la route, nous croisons un couple d’Allemands venu pour 4 semaines et qui remonte de Mendoza à Jujuy.

Une fois à El Carril, nous nous dirigeons vers la piscine municipale où nous savons qu’il est possible de camper. La campagne pour la prochaine élection municipale nous offre l’animation musicale une partie de la nuit. Sympa.

Nous faisons aussi la connaissance de Kerouac-Atahualpa, un gentil chiot qui aurait pu devenir le 5ème passager de notre expédition. Mais finalement, il pèse déjà trop lourd.

27 février 2011 : El Carril - Guachipas

Chaque gros village d’Argentine possède un «complexe touristique» municipal. On y trouve un terrain de foot, des barbecues, un terrain de camping et une piscine (généralement sans eau). Et dans ces endroits, on peut camper gratuitement et prendre une douche (froide, faut pas rêver!). Ce service, que les municipalités offrent à tous les voyageurs, semble assez méconnu. Pour nous, c’est une aubaine. En arrivant ce soir à Guachipas, nous nous payons même pour quelques euros, une chambre avec 6 lits au sec. C’est qu’il a beaucoup plu ici cette année et tout est humide.

D’ailleurs ma béquille en a marre de toute cette eau et nous annonce que pour elle, le voyage s’arrête ici. Dommage, elle nous aidait bien.

28 février 2011 : Guachipas - Alemania

Ici, contrairement à la Bolivie, c’est une année de très forte pluie. Beaucoup de voyageurs venant du sud ont vu leur itinéraire perturbé. Des cyclistes allemands obligés de prendre un pick-up pour passer les routes inondées. Un motard anglais qui espère pouvoir retourner sans trop de difficultés à Santiago de Chile. De nombreuses coulées de boue sur la route témoignent de la violence des précipitations. Et le rio que nous suivons et qui a creusé le canyon qui mène à Cafayate est anormalement chargé. C’est le long de ce rio, dans le micro-village d’Alemania que nous décidons de camper. Nous y rencontrons deux cyclistes argentins qui s’arrêtent également là pour la nuit. Des accidents ont eu lieu ces derniers jours et la police va interdire la circulation dans la soirée, l’eau et la route sinueuse faisant mauvais ménage. Nous nous réservons les fabuleux paysages de cette traversée pour demain.

01 mars 2011 : Alemania - El Paso

Encore une belle route. La _Quebrada de Las Conchas _est infiniment plus sauvage et plus belle que celle de Humahuaca. Quelques belles formations rocheuses parsèment la route : la gorge du diable, l’amphithéâtre, le crapaud, l’obélisque, etc…

L’autre attraction touristique, c’est nous. Il doit y avoir un concours photos du genre «envoyez-nous vos plus belles photos de cyclovoyageurs transpirants et gagnez votre poids en Saltenas». Nous sommes mitraillés du matin au soir malgré nos t-shirts sales et nos 5 jours sans douche. Au pire, c’est d’une voiture ou d’un bus de touristes à la sauvette, au mieux la conversation s’engage et c’est quand même plus sympa.

Côté accueil de la population, c’est variable. Soit, nous nous voyons offrir une pause à l’ombre des arbres et quelques fruits frais par une charmante vendeuse de raisins, soit nous nous faisons virer par des commerçants peu enclins à nous aider qui lâchent leurs chiens parce que nous stationnons devant chez eux pour obtenir un peu d’eau. Un comportement que nous n’avions pas vu depuis que nous avons posé nos pieds en Amérique du sud. L’Argentine, c’est un peu comme l’Europe, pour le meilleur et pour le pire. Nous finissons par camper dans un endroit où il y a trop d’épines pour nos roues.

02 mars 2011 : El Paso - Cafayate

Nous les avons rencontrés ! Les «comme nous». Ils s’appellent Eric et Gaëlle, ils ont deux enfants, deux vélos et ils remontent actuellement l’Argentine du Sud au Nord pour rejoindre la Bolivie. Nous étions en contact via internet, un outil formidable pour les rencontres mais pas aussi performant qu’un barbecue et une bouteille de vin de Cafayate.

Une soirée sympathique où nous échangeons autour du voyage, des itinéraires des uns et des autres, des enfants, du matériel et de ce qui nous préoccupe en ce moment : la croissance extrêmement rapide des pieds de Mahaut. Il faut encore acheter de nouvelles chaussures.

Cafayate est aussi l’occasion pour nous de prendre un ou deux jours de repos dans un haut lieu de la viticulture argentine.