Florian
Florian Cyclo-voyageur. Auteur du livre 'une famille un monde'

Prisamata

Prisamata

Prisamata : «qui est pressé sera tué». Voilà une expression typiquement argentine qui résume bien l’ambiance qui règne ici. Côté route, les Andes nous rejouent pour la troisième fois le film «passons d’un univers entièrement minéral à un monde totalement végétal» et nous ne nous en lassons pas. Les deux premières fois c’était en Equateur et dans le nord du Pérou. Cette fois-ci nous avons droit à la version couleur : de la «vallée des peintres» à la «montagne des sept couleurs» jusqu’à la jungle sub-tropicale ce sont encore et toujours des paysages à couper le souffle. Et puis, globalement, ça descend. Je dis «globalement» parce que pour descendre dans les Andes, il faut parfois franchir des cols !

13 et 14 février 2011 : Humahuaca

Nous passons deux journées allongés dans l’herbe à écouter les oiseaux et à lire. Le ciel est dégagé et tous les après-midi, un vent violent venant du sud tente d’arracher les tentes.

Lundi, nous comprenons que changer la jante du tandem ne va pas être simple. Nous cherchons une jante de 40 trous alors que le standard est de 36 trous. Peu d’espoir d’en trouver dans cette région. Il faudra voir à Salta.

15 février : Humahauca - Tilcara

Nous voilà enfin dans la célèbre quebrada ajoutée par l’Unesco à la liste du patrimoine de l’humanité. Il s’agit d’une vallée enserrée entre deux chaînes de montagnes colorées. Ici, les maraîchers font pousser salades, carottes et maïs. Les chevaux sont omniprésents. Et puis comme toujours en début d’après-midi, le vent du sud se lève et ça devient moins amusant de pédaler.

Nous entrons dans Tilcara juste avant la pluie du soir, non sans avoir passé le tropique du capricorne.

16 février 2011 : Tilcara

Toujours pas de pièce de rechange pour notre roue fatiguée. Nous en achetons une d’occasion pour pouvoir atteindre Salta. L’après-midi est consacré à la visite d’une pukara, l’une des nombreuses forteresses pré-inca qui jalonnent la vallée. Certains bâtiments ont été entièrement reconstruits avec pierres, bois de cactus, tiges de canne à sucre et toit en terre.

Un petit musée hétéroclite complète la visite. Mais les momies ont été supprimées des vitrines par «respect de la personne humaine» (décision de 2004). Tant pis pour le témoignage historique.

17 février : Tilcara - Purmamarca

Seulement 27km séparent Tilcara de Purmamarca. Mais le terrible vent ralentit notre progression. A quelques kilomètres de l’arrivée, nous croisons à nouveau la famille française en 4x4, toujours avec ses 5 enfants. Nous discutons, mais cette fois-ci autour d’une bière fraîche directement sortie du frigo de leur véhicule. Ah, le confort moderne !

Revigorés par cette nouvelle rencontre, nous finissons la montée vers la «montagne aux sept couleurs». Comme dans le reste de la vallée des peintres, cette montagne est composée de roches aux couleurs variées et étranges.

Au centre du village, une agréable place ombragée, des hôtels- restaurants hors de prix et des souvenirs «locaux» . Pour nous ce sera camping et repas maison.

18 février : Purmamarca - Yala

C’est après le village de Volcan, connu pour ses éboulements qui bloquent la route pendant des journées, que le paysage change brutalement. Les montagnes sont alors recouvertes de végétation et la vallée se transforme en grande prairie plantée d’arbres.

Nous rentrons dans la région subtropicale qui mène à San Salvador de Jujuy. C’est beau, c’est vert et nous comprenons vite pourquoi : il pleut tout le temps ! Une pluie fine détrempe le sol et les pauvres cyclistes que nous sommes.

Ce temps peu engageant fait fuir les touristes et nous nous retrouvons seuls dans un «complexe touristique» un peu abandonné qui est en fait un grand camping dans la forêt. Quelques chevaux apparemment embauchés pour tondre la pelouse et de beaux oiseaux multicolores payés pour diffuser la musique sont nos seuls compagnons.

19 février : Yala - Jujuy

Un autre changement a lieu aujourd’hui. Pas dans le paysage cette fois-ci mais dans les villages que nous traversons. Finies les petites maisons en adobe regroupées autour de maigres jardins. Place aux grandes propriétés, aux villas immenses et aux jardins anglais. Nous quittons définitivement cette Argentine aux airs de Bolivie pour entrer dans la partie riche du pays. A Jujuy, nous sommes comme à la maison. Carine erre dans un supermarché «Carrefour» à la recherche désespérément de fromages français. «C’est français Carrefour ?» me dit-elle. «Bah, regarde, nous faisons la queue aux caisses comme en France» lui dis-je pour la rassurer. Remarquez que ça en vaut la peine : roquefort, jambon cru, saucisson, raisins secs et vin rouge dans notre petite chambre d’hôtel ce soir.

20 et 21 février 2011 : Jujuy

Retour à la modernité à Jujuy, première ville d’importance que nous traversons. Nous profitons d’un vélociste bien achalandé pour changer la roue arrière du tandem par un roue équivalente , acheter une nouvelle selle et un casque pour Mahaut qui passe de plus en plus de temps sur le cadre de mon vélo et de nouvelles pédales pour Zoé dont une était cassée. Après cette remise à neuf de nos vélos, nous partons soigner nos estomacs affamés tout en vérifiant que les Argentins sont bien les plus gros mangeurs de viande du monde. Une «parillada» (ensemble de viandes et abats grillés) prévue pour deux suffira à toute la famille pour…deux repas.

22 février 2011 : Jujuy - El Carmen

Après avoir difficilement trouvé la route secondaire qui va à Salta et nous permet d’éviter l’autoroute, nous roulons enfin paisiblement à travers les champs de tabac .

Régulièrement, la pluie nous accompagne sans que cela soit vraiment gênant : il fait tellement chaud que l’on sèche immédiatement. A El Carmen, nous rejoignons la route «de la corniche» qui passe à proximité des «diques», lacs artificiels utilisés pour fournir l’eau aux villes alentours.

Un parc municipal avec barbecue, chevaux et piscine nous permet de planter la tente. Sauf que la pluie est plus forte que jamais. Carine me montre du doigt un endroit qui devrait rester sec toute la nuit et qu’il faut ajouter au top 5 des lieux de camping les plus improbables que nous ayons fait :

23 février : El Carmen - La Caldera

Après El Carmen, la route 9 devient étroite, vallonnée et presque sans circulation. Le rêve des cyclistes. Elle traverse une flore de plus en plus exubérante où tout est plus grand, même les insectes : tarentules géantes et sauterelles de belle taille (on peut les mettre sur le grill aussi ?). Il faut que l’on pense à bien fermer la tente le soir…

Arrivés dans un camping au prix dérisoire et à la douche chaude, nous discutons avec un couple d’Argentins qui nous parle de l’évolution de leur pays : selon eux, la télévision est en train de crétiniser les gens, la peur de l’immigré devient prépondérante dans les relations avec les pays voisins et l’école nivelle par le bas. C’est pas moi qui l’ai dit.

24 février 2011 : La Caldera - Salta

Notre petite angoisse quand nous arrivons aux abords d’une grande ville, c’est souvent comment atteindre le centre-ville sans finir écrasés. Nos diverses expériences sud-américaines en la matière ont laissé des traces. C’est oublier que nous sommes en Argentine, pays où beaucoup de gens se déplacent à vélo. Une piste cyclable nous emmène de l’entrée de l’autoroute au centre ville sans heurts. Voilà une bonne première impression de la ville. La suite, nous vous la raconterons quand elle sera arrivée ! Car n’oubliez pas : prisamata !