Florian
Florian Cyclo-voyageur. Auteur du livre 'une famille un monde'

Bonjour le Pérou, au revoir l’asphalte...

Bonjour le Pérou, au revoir l’asphalte...

Nous aurions pu choisir de suive la panaméricaine qui redescend sur la côte comme tout le monde nous l’avait conseillé. «Après, le Pérou, c’est tout plat. Facile !». Oui mais ça doit être un peu lassant de pédaler sur l’autoroute avec des camions qui passent à 120km/h. Et puis les moustiques…

Alors, on s’entête, et on poursuit dans la montagne malgré l’absence de route asphaltée. On verra bien…

16, 17 et 18 septembre 2010 : Loja

3 jours de repos à Loja avec en vrac : une balade à vélo, un parc avec la tour Eiffel, le Kremlin et le Machu Pichu, un mini zoo, des dégustations de produits locaux, une interview avec le journal local, des photos avec notre famille d’accueil.

Un article de journal sympa dans lequel on apprend que ce qui surprend le plus nos hôtes, c’est le fait que nous ne regardons pas la télé le soir ! C’est vrai que dans ce pays, la télé est omniprésente : cuisine, salon, chambres, restaurant, hôtel, bus. Une vraie folie. Impossible d’y échapper.

19 septembre 2010 : Loja - Vilcabamba

Vilcabamba est célèbre pour les multiples recherches scientifiques s’étant déroulées ici dans les années 50. Le sujet ? L’extraordinaire longévité de ses habitants. Tout a été étudié : le climat extrêmement stable , la qualité de l’eau bue venant de la montagne, le régime alimentaire, etc…

Aujourd’hui, le village est un repère de routards du monde entier et il y règne une atmosphère délicieusement baba-cool.

Quand nous arrivons en fin d’après-midi, le temps est frais et il pleut. Décidément, tout fout le camp.

20 septembre 2010 : Vilcabamba - Yangana

**

Nous nous sommes endormis hier dans un hôtel, nous nous réveillons dans une communauté hippie ! Allemands de 20 à 70 ans et jeunes californiens préparent à tour de rôle leur jus de fruit dans la cuisine commune. Je ne suis pas dans le coup avec mon café.

On s’attarde un peu d’autant que Zoé se sent mal. Nous allons au bout de la route, là où l’asphalte s’arrête et où commence la piste qui mène au Pérou. Zoé s’endort dans mes bras pendant que Carine cherche où dormir. Après accord du directeur, ce sera dans le réfectoire de l’école. De l’eau et la lumière, c’est grand luxe !

21 septembre 2010 : Yangana - Namballe

Impossible d’envisager de grimper des cols avec Zoé dans cet état. On se lève à 5h30 bien décidés à prendre le premier bus pour Zumba. Malheureusement, il est bondé et impossible de trouver une place pour le tandem. Ce sont deux fonctionnaires du ministère de l’industrie qui nous servent de taxi. Et c’est reparti pour 5h de «taxi-vomi». Cette fois-ci, c’est Mahaut la victime. Autant dire que quand nous arrivons à la frontière avec le Pérou, nous deux filles sont exténuées. Heureusement que les formalités de douane nous font sourire : le douanier péruvien écoute Bon Jovi à fond dans son bureau et chez la police, c’est ambiance boîte de nuit.

On remonte sur nos vélos et après quelques kilomètres nous nous offrons un bel hôtel. Une vraie folie : le prix de la paire de chaussettes que je viens de perdre sur la piste .

Petit bilan de l’Equateur :

Avertissement : ce bilan n’est qu’un point de vue personnel et spontané et je ne prétends pas connaître ce pays en l’ayant uniquement traversé. Je ne donne pas de leçon et je ne juge pas ses habitants. Je ne fais que noter quelques éléments qui me paraissent intéressants.

Nous avions prévu 3 semaines en Equateur. C’était sans compter sur les Equatoriens !Nous sommes finalement restés 5 semaines. De l’Equateur, nous garderons évidemment le souvenir des paysages des Andes, de l’atmosphère si particulière de la jungle et des villes coincées dans les vallées. Mais ce serait bien réducteur de résumer notre séjour à ces images. La vraie richesse de l’Equateur ce sont ses habitants, accueillants, curieux, chaleureux, souriants et disponibles. Ils ont été nombreux à nous encourager d’un signe de la main, à nous aider le long de la route et à nous héberger. Véritable leçon d’hospitalité et de contact humain pour nous européens retranchés trop souvent derrière notre individualisme qui mène plus à avoir qu’à être.

La plupart des Equatoriens possèdent souvent peu de choses : une petite maison, un vélo, parfois une moto voire un vieux camion. Pour eux, le but de notre voyage est un peu incompréhensible. Nourris à travers la télévision d’images paradisiaques des Etats-Unis, notre volonté de visiter leur pays par nos propres moyens leur parait un peu folle. Nous sommes des «gringos locos». Mais leur accueil et leur gentillesse restent incomparables.

Une autre partie de la population vit au contraire dans un luxe très occidental : grande maison, plusieurs grosses voitures, femme de ménage, cuisinière, etc… Habitués à voyager, ils sont souvent attentifs aux détails de notre expédition. Ils veulent souvent nous aider et participer à la bonne réalisation de notre voyage. Ils mettent tout à notre disposition pour faciliter notre séjour chez eux.

Entre ces deux extrêmes, il n’y a rien. Pas de classe moyenne à laquelle nous pourrions être assimilés.

Ne pensez pas pour autant que nous avons un vision angélique de ce début de voyage. L’Equateur présente également quelques problèmes pour les cyclo-voyageurs que nous sommes. Dans l’ordre :

  • les chiens : ils sont la plaie de ce pays. Ils sont partout, plus ou moins sauvages, plus ou moins agressifs. Ils partagent avec leurs cousins européens la même passion pour le mollet de cycliste. Faut-il les fuir, les affronter, les insulter en espagnol, en quechua ou en français, leur jeter des pierres ou donner des coups de bâton ? Dans tous les cas, quelques décharges d’adrénaline pour nous et un peu de sport pour eux.

  • les pistes : le réseau routier s’améliore en Equateur mais par moment la piste poussiéreuse, pleine de cailloux ou de sable est de retour. Il faut alors pédaler encore plus fort. Le problème est qu’aucune carte n’est à jour et que les réponses donnés par les autochtones sont souvent contradictoires.

  • la pluie : cette saison est censée être la saison sèche. Il pleut tous les jours. En guise de saison, la Sierra c’est au choix : «le printemps perpétuel», «l’été et l’hiver», «4 saisons en un jour».

Et le vélo dans tout ça ? Et bien c’est parfois difficile mais quand on s’arrête quelques jours, nos jambes nous démangent et c’est avec plaisir que nous repartons lentement vers d’autres cieux. Pédaler est devenu une seconde nature. Peu de moyen de transport donne l’impression d’autant de liberté. Nos drôles de machines attirent l’attention et les curieux viennent discuter avec nous. Mais notre véritable passeport, ce sont nos enfants. C’est vers eux que tous les regards se tournent . C’est certainement grâce à nos filles que nous sommes si souvent invités.

22 septembre 2010 : Namballe

Nous restons une journée dans ce lieu paradisiaque pour que Zoé finisse de se reposer. Notre bungalow au charme très anglais est tenue par une anglaise non moins charmante qui m’explique en détail la route qui nous attend. Pour elle, c’est l’enfer. Rien que des montées sur une route défoncée et sous une chaleur écrasante. Seul point positif, les gens de la région sont très «friendly». Elle pense comme moi qu’il vaut mieux éviter la côte, très ennuyeuse, ainsi que la route passant en Amazonie où quelques rescapés du sentier lumineux agissent encore, proximité avec la frontière colombienne oblige.

Mais rien n’entame notre bonne humeur, due en partie aux petits déjeuners gargantuesques qu’elle nous prépare.

23 septembre 2010 : Namballe - Nueva Esperanza

Après une bonne infusion de feuilles de coca, nous voilà repartis. La route est moins difficile que prévue même s’il faut souvent pousser les vélos.

Au total, on fait tout de même 28 km entre les pierres et la poussière.

A Nueva Esperanza, il y a une école. Nous demandons à voir le directeur. Quand nous arrivons enfin devant son domicile, une trentaine d’enfants et quelques adultes ont formé un groupe autour de nous. Ils examinent nos vélos sous tous les angles. Carine demande au directeur pour dormir dans l’école. Evidemment, il n’y a aucun problème. Il nous ouvre une salle où nous rentrons les vélos toujours accompagnés des enfants du village qui me questionnent sans relâche.

Je ne comprends pas la moitié de ce qu’ils me disent mais peu importe, une famille de gringos va dormir au village et par ici, ce n’est pas si courant !

24 septembre 2010 : Nueva Esperanza - San Ignacio

Ce qui frappe au Pérou, pour nous qui arrivons du sud de l’Equateur, c’est l’extrême dénuement des villages. Pour commencer, il n’y a plus de voiture. Ici on marche ou on circule à dos d’âne, voire on emprunte un de ces taxis-motos venus tout droit d’Asie avec tigres et dragons en décoration.

Les magasins sont vides, les restaurants contiennent le minimum et les routes sont quasi-inexistantes. Même les télévisions et les postes de radio ont disparu. Et pour cause, l’électricité est rare.

Et dans ce pays, où 90% des enfants sortent de l’école sans savoir ni lire et ni écrire correctement, d’immenses panneaux expliquent comment prendre soin de sa santé.

Sur la route qui nous mène à San Ignacio, les villages sont faits de maisons assemblées en brique de terre cuite recouvertes de tôle ou de plastique.

Mais partout on nous sourit, on nous encourage ou on nous sert la main. Nous faisons rire les enfants avec nos peaux blanches et nos filles blondes.

Trempés de sueur, malgré notre départ très matinal, on arrive enfin en vue de la «grande» ville quand Zoé me fait remarquer que la roue de la carriole sort de son logement. Impossible. Je m’arrête, je démonte et là, pas de doute, l’axe de la roue est cassé. Impossible de réparer.

On profite d’une famille qui s’est arrêtée pour prendre nos filles en photo pour leur demander s’ils peuvent nous emmener jusqu’au centre ville. Pas de problème. Un fois là-bas, on se met en quête d’un atelier de réparation de vélo . Evidemment, il n’a pas la pièce mais nous emmène dans un autre magasin où pour 30 centimes d’euros, nous faisons l’acquisition d’une vis et d’un écrou qui devraient nous permettre de repartir demain…

Pour finir, nous sommes en période d’élection au Pérou. Le 3 octobre prochain, le pays vote pour renouveler ses représentants locaux, régionaux et cantonaux. Beaucoup de propagande sur les murs. Nous allons essayer de suivre cela de près. On vous en reparlera.